UN COMPORTEMENT TROUBLANT

La lactation nerveuse

Magazine Pharmanimal N°36 - Janvier/Février 2012
Ma chienne devient folle. Qu’est-ce qui peut bien la pousser à dérober les peluches des enfants pour les emporter dans son panier, à faire un nid comme si elle attendait des chiots ? Pourquoi ses mamelles sont-elles gonflées et suintantes de lait alors qu’elle n’a pas été saillie ? »

Etes-vous bien sûr que votre chienne n’attend pas des chiots ? C’est évidemment la première question qu’il faut vous poser si vous remarquez ce comportement « maternel » chez elle. Il arrive fréquemment que des chiennes en chaleurs échappent à la surveillance de leur propriétaire et que la gestation ne soit remarquée que lorsque la date de la mise-bas approche. Dans le doute, un contrôle vétérinaire s’impose !

En l’absence de gestation, sachez que la « grossesse nerveuse » (ou lactation de pseudo-gestation) est très fréquente chez les chiennes non stérilisées : plus de 60 % en présentent une régulièrement et 7 % de manière occasionnelle.

Sur le plan hormonal, pendant les deux mois qui suivent les chaleurs, il y a très peu de différences entre une chienne gestante et une femelle non fécondée. La seule variation concerne la progestérone, l’hormone produite par le corps jaune dans l’ovaire, qui sert à maintenir la gestation en place et qui stimule le développement mammaire. Le taux de progestérone sanguin est maintenu jusqu’à la veille de la mise-bas chez une femelle pleine alors qu’il chute normalement quelques semaines après les chaleurs en l’absence de fécondation.
Modifications physiques et comportementales

les signes de la lactation nerveuse apparaissent entre 6 et 12 semaines après la fin des chaleurs. le comportement est généralement très modifié : en dehors de la tendance à accumuler des objets dans un « nid », l’appétit de la chienne peut être diminué ou au contraire très augmenté. Certaines chiennes deviennent nerveuses et agressives alors que d’autres ne s’intéressent à rien d’autre qu’à leur nid.

Sur le plan physique, tout se passe exactement comme si la chienne attendait des chiots : les mamelles augmentent de volume, elles sont congestionnées et un liquide blanchâtre (ou du lait) coule en quantité variable, suivant l’intensité du léchage qu’exerce la chienne.

Chez certaines chiennes, l’abdomen est visiblement relâché et un écoulement peut apparaître à la sortie de la vulve.

Un phénomène classique chez les canidés sauvages

Il faut se méfier de ne pas « humaniser » la signification de cette lactation inopinée en l’assimilant immédiatement à un « désir de grossesse inassouvi ». la raison d’être de ce comportement ne peut être comprise sans repenser au mode de vie des canidés sauvages qui vivent en meute.

Chez les loups par exemple, seuls les individus dominants se reproduisent mais les femelles de rang inférieur ont tendance à synchroniser leur cycle sexuel sur celui de la louve reproductrice. Ainsi, elles peuvent servir de mères nourricières aux louveteaux, même sans être fécondées.

Cette explication n’explique cependant pas pourquoi certaines chiennes présentent ce comportement et pas d’autres. De plus, et c’est un paradoxe non résolu, les lactations nerveuses sont plus souvent observées chez des chiennes vivant seules chez des particuliers que chez des chiennes vivant en chenils au milieu d’autres animaux.

Même si la lactation nerveuse est un phénomène physiologique, il est prudent de faire quand même vérifier l’état de santé de la chienne, surtout si d’autres symptômes anormaux sont présents. Certaines maladies hormonales (hypothyroïdie, tumeurs ovariennes ou hypophysaires…) sont parfois responsables de l’apparition de lactations anormales. Plus rare, il arrive qu’une sécrétion de lait soit observée chez des chiens mâles, lors de tumeurs testiculaires.
Conséquences pathologiques des lactations à répétition

Les lactations nerveuses peuvent faciliter la survenue d’infection des mamelles suite à l’irritation par le léchage chronique. Enfin, et c’est plus grave pour la santé de la chienne, les chiennes ayant présenté des lactations de pseudo gestation courent plus de risques de développer des tumeurs mammaires que celles chez qui aucun comportement de ce type n’a été détecté.

le risque est d’autant plus élevé que les lactations nerveuses ont été fréquentes et que les chiennes sont âgées. le pourcentage de tumeurs malignes est également plus élevé chez les chiennes prédisposées aux lactations nerveuses que chez les autres.

Cette prédisposition aux tumeurs mammaires chez les chiennes ayant présenté une lactation de pseudo gestation pourrait s’expliquer par la distension chronique des mamelles où s’accumulent les produits de dégradation du lait.

Ces substances pourraient exercer un effet cancérogène quand elles sont en contact prolongé avec le tissu mammaire interne. Cet effet n’est pas observé lors de lactation normale car les chiots qui tètent régulièrement empêchent le lait de s’accumuler.

Traitement des lactations nerveuses

Sans traitement, la lactation peut continuer plusieurs mois, ce qui est parfois usant pour les nerfs des propriétaires ! Puisqu’il est probable que la répétition de ces événements soit préjudiciable à la santé de la chienne, autant utiliser ce qui est à notre disposition pour tarir la chienne rapidement. Certaines techniques traditionnelles sont parfois efficaces : le retrait des objets auxquels la chienne a tendance à s’attacher, le port d'une collerette pour l’empêcher de se lécher les mamelles ou la mise à la diète pendant un jour ou deux. Ce type de stress peut en effet diminuer la production de lait mais il existe aussi de nombreuses thérapies alternatives.

Des pommades à appliquer sur les mamelles peuvent faciliter leur désengorgement. Attention toutefois à ne pas masser sinon vous stimulerez la sécrétion de lait ! Plusieurs catégories de médicaments peuvent diminuer la production laitière. Ces substances provoquent parfois des vomissements et il faut alors les associer avec des médicaments anti-nauséeux.

Comme dans tous les troubles du comportement, les réactions individuelles de la chienne sont importantes à prendre en compte dans le traitement. Votre pharmacien peut vous conseiller sur le choix d’un médicament.

Conclusion

le seul moyen possible de prévention des lactations nerveuses est la stérilisation de la chienne par ovariectomie. Cette opération est conseillée quand les lactations récidivent très souvent. Cette opération ne peut cependant pas être envisagée avant que la lactation soit stoppée.


Février 2014, 3106 lectures Chiens / Comportement
Pascale Pibot pour Pharmanimal N°36 - Janvier/Février 2012

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