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LA MALADIE DES VERS DU COEUR

Une affection qui progresse en Europe

Le « ver du coeur » est un parasite responsable de la mort de nombreux chiens en Amérique du Nord où il est très répandu. Il est moins fréquent en Europe mais la vigilance s’impose car il apparaît de plus en plus souvent… Les larves de ce parasite sont transmises au chien par des moustiques et une seule piqûre suffit pour contaminer le chien. On appelle cette maladie la dirofilariose à cause du nom scientifique du parasite (Dirofilaria immitis). Les filaires sont en effet des vers minces comme des fils.

Les filaires vivant dans les vaisseaux sanguins peuvent provoquer des troubles circulatoires très graves quand leur nombre augmente : on en compte jusqu’à 250 dans le coeur d’un chien infesté ! Lorsque la maladie se déclare, le chien tousse et s’épuise très vite si on le fait courir. Plus l’infestation progresse, plus son état se détériore : il perd l’appétit, maigrit et développe tous les signes d’une insuffisance cardiaque. Lors de parasitisme massif, on retrouve des parasites dans la veine cave, celle qui draine le foie, ce qui provoque des troubles hépatiques. Des symptômes nerveux peuvent aussi survenir.

Une maladie qui gagne du terrain

La maladie des vers du coeur frappe les chiens dans l’ensemble des Etats-Unis. Aucune région n’est indemne, même si le sud du pays est davantage concerné, à cause de la présence plus importante des moustiques. La dirofilariose commence aussi à constituer une menace réelle pour la santé des chiens au Canada.
En Europe, la maladie est présente de manière importante dans certains pays du Sud et de l’Est : la prévalence est par exemple évaluée autour de 30 % dans certaines régions d’Italie et du Sud de la Russie. L’importance de la dirofilariose est encore marginale en France, mais l’aire d’extension du parasite semble en augmentation.

En France métropolitaine, on retrouve ce parasite essentiellement dans le Sud (régions PACA, Languedoc-Roussillon, Corse ainsi que dans l’ensemble des départements pyrénéens). Outre-mer, la dirofilariose est très présente aux Antilles, en Guyane, à la Réunion, en Polynésie et en Nouvelle-Calédonie.

L’homme et la dirofilariose

L’homme peut parfois être atteint de dirofilariose (des cas isolés sont signalés dans le sud-est de la France), même si les filaires arrêtent leur développement chez lui avant d’atteindre le stade de la reproduction. La plupart du temps, la maladie sévit chez l’homme sous sa forme cutanée. Comme le chien, l’homme est contaminé par les moustiques qui transmettent les larves du parasite. En général, celles-ci se localisent en région oculaire, à l’intérieur de petits nodules. Une forme pulmonaire est exceptionnellement décrite, en Italie surtout, le pays qui semble de loin le plus atteint par cette zoonose en Europe. Réduire la pression de la dirofilariose chez les chiens permettrait de faire diminuer le risque pour l’homme car les chiens représentent la principale source de l’infection humaine.


Ne pas hésiter à demander un dépistage en cas de doute

Pour un chien, le risque d’être victime des vers du coeur est proportionnel à son degré d’exposition à des moustiques éventuellement porteurs du parasite. Très logiquement, le risque pour les chiens vivant dehors est multiplié par 4 par rapport à ceux qui vivent à l’intérieur. Les périodes d’activité maximale des moustiques (lever et coucher du soleil) sont les plus critiques.

Quand un chien a séjourné dans une région où il a pu être contaminé, il est recommandé de pratiquer un dépistage, même si un traitement préventif a été effectué. On évitera en effet de mettre la santé de son chien en danger en éliminant le parasite avant que l’infestation n’ait progressé suffisamment pour provoquer des symptômes.

Un animal ayant été infesté au cours de l’été ne développera des signes cliniques qu’à l’hiver suivant, voire plus tard quand il a déjà été en contact avec le parasite et qu’il a développé une certaine résistance immunitaire. Un traitement entrepris alors que les parasites sont arrivés au stade adulte est toujours dangereux : les vers adultes tués par les médicaments peuvent créer des obstacles dans les ramifications de l’artère pulmonaire, pouvant conduire au décès brutal du chien. Le traitement doit donc toujours être fait sous contrôle vétérinaire.

Le diagnostic se fait de deux manières :
• indirecte, en recherchant les anticorps développés par le chien s’il a été contaminé
• directe, en mettant en évidence la présence du parasite dans le sang. Les larves des parasites (microfilaires) peuvent éventuellement être observées au microscope, à partir du prélèvement d’une goutte de sang.

A un stade avancé de la maladie, une échocardiographie permet de visualiser les perturbations du fonctionnement cardiaque.

La dirofilariose cutanée (Dirofilaria repens)

Beaucoup moins grave que la filariose cardiaque, la filariose cutanée est aussi beaucoup plus répandue en France même si, à l’origine, il s’agissait d’une affection tropicale ou subtropicale. Les changements climatiques ont permis son installation un peu partout en Europe : en France, l’aire de répartition des moustiques qui la transmettent s’étend jusqu’à Cherbourg. Plus de soixante types de moustiques peuvent être vecteurs de la maladie. Une fois passées du moustique au chien par piqûres, les larves se développent sous la peau. Arrivés à maturité sexuelle, les parasites peuvent se reproduire chez le chien pendant plusieurs années et entretenir le cycle en favorisant à leur tour la contamination des moustiques. Le chien tolère généralement bien ces parasites. Seule l’apparition de nodules sous la peau permet de suspecter leur présence. Des réactions d’irritation cutanée peuvent cependant devenir visibles : le chien se gratte, des lésions locales se développent avec perte de poils, rougeurs, croûtes… Il arrive aussi que le chien manifeste des symptômes plus violents, semblables à des réactions allergiques. Les filaires cutanées ressemblent beaucoup aux vers du coeur ; le laboratoire doit pratiquer des tests de coloration spécifique pour faire la différence entre les deux. Les traitements sont de toute façon les mêmes pour les deux affections.

Les filaires du coeur mettent cependant du temps à se développer : elles restent tapies environ 70 jours dans différents tissus avant que les adultes ne gagnent les artères et le coeur. Le diagnostic ne devient vraiment fiable que 6-7 mois après la contamination. Lorsqu’on obtient un résultat négatif à cette date, il est même prudent de répéter le test à 9 mois pour confirmer que le chien est indemne.

Des traitements préventifs existent

Plusieurs médicaments antiparasitaires sont disponibles pour prévenir la dirofilariose à Dirofilaria immitis. Certains traitements associant des molécules différentes permettent de combiner une action efficace à la fois contre les larves en développement et contre les vers adultes logés dans le coeur. Aux Etats-Unis, l’utilisation massive des traitements contre les vers du coeur a parfois entraîné des cas de résistances du parasite aux produits administrés.

Les vétérinaires sont donc vigilants et conseillent un dépistage annuel aux chiens dont les propriétaires résident dans une région à risque en permanence, même si un traitement préventif est administré au long cours.

Le traitement doit débuter un mois avant la période de l’année où la transmission par les moustiques devient possible et il faut le continuer un mois après la période d’exposition aux insectes. Une administration mensuelle suffit et il existe même une solution injectable permettant de protéger les chiens pendant plusieurs mois avec une seule injection. Sinon, les produits peuvent être administrés par pipettes à application cutanée. Les chiots doivent bénéficier du traitement préventif le plus tôt possible.

Tout ce qui peut protéger le chien des piqûres de moustiques contribue à limiter le risque de maladies transmises par les insectes.

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Avril 2012, 4739 lectures Chiens / Prévention
Pascale Pibot pour Pharmanimal N°34 - Septembre/Octobre 2011