Chienne reproductrice

Bien gérer sa carrière

Les éleveurs de chiens sont plus souvent gouvernés par leur passion que par un objectif de rentabilité. La « gestion de carrière » des lices se fait donc plus sur des critères affectifs que rationnels. Il n’empêche qu’il est intéressant d’avoir quelques repères à propos de ce qu’on peut attendre d’une chienne pour optimiser ses performances sans nuire à sa santé.

Les études sont encore peu nombreuses pour décider de l’âge idéal de la mise à la reproduction, du nombre optimal de portées par chienne et de l’âge auquel il convient de la réformer. Quelques données permettent cependant de cadrer les choses.

Âge de mise à la reproduction

La puberté d’une chienne apparaît entre l’âge de 6 et 24 mois suivant la taille. Elle correspond généralement au moment où la chienne atteint 80 % de son poids adulte.

Il est déconseillé de faire reproduire une chienne dès ses premières chaleurs : à ce stade, le développement de la filière pelvienne n’est pas encore terminé et les chiennes présentent rarement un comportement maternel adéquat.

Pour mettre une femelle à la reproduction, mieux vaut attendre au moins les 2es chaleurs chez les chiens de petit format (en général vers deux ans) et les 3es chaleurs chez les grands chiens.

Attendre trop n’est pas une bonne solution : si une chienne de plus de 6,5 ans reproduit pour la première fois, le pourcentage de complications observées à la mise bas augmente nettement. Le pourcentage de chiots uniques augmente.

Selon les résultats d’une enquête de l’UMES publiée en France en 2011 (sur environ 1000 portées issues de 114 races différentes chez 423 éleveurs), l’âge médian des chiennes lors de la première mise bas est de 4 ans. Dans 61,6 % des cas, les chiennes ont de 2 à 4 ans.
Rang de gestation et prolificité

Les chiennes primipares très jeunes (d'environ 1 an) font naître des portées significativement plus réduites que les chiennes plus âgées. L’âge des chiennes a donc une influence sur la taille des portées. A partir de l'âge de 2 ans, le nombre de chiots reste cependant assez stable, quels que soient l'âge et le format de la chienne.


En 2010, des auteurs se sont intéressés à l'influence éventuelle du rang de gestation sur la durée de celle-ci et sur l’importance numérique de la portée chez des chiennes de race beagle. La durée moyenne de l’augmentation initiale du taux de progestérone au moment du prooestrus est plus longue chez les multipares (8 jours en moyenne) que chez les nullipares (6,9 jours en moyenne).

La durée de gestation calculée du début de l’élévation de la progestéronémie à la mise bas ne varie pas que les chiennes soient nullipares ou multipares.


Des portées record chez des chiennes primipares
En Pologne, une chienne dogue allemand primipare a donné naissance à 17 chiots en 2011 (par césarienne). Peu de temps avant, une portée comparable de chiots Rhodesian ridgeback avait été mentionnée en Allemagne.
Race et taille des portées

La taille d’une portée est influencée d'abord et avant tout par la race des parents : le nombre de chiots par portée est plus important dans une grande race que dans une petite. Le Rhodesian ridgeback figure parmi les races les plus prolifiques, à l'inverse du caniche nain.

L'explication pourrait venir du fait que chez les petits chiens, les foetus sont proportionnellement gros par rapport à la taille de la mère ; chez les grandes races, l’utérus plus développé permet l’implantation d’un plus grand nombre d’embryons.


Contrairement à d’autres études qui décrivent une augmentation des cas d’atonie utérine chez les chiennes âgées, l’enquête menée par l’UMES montre que l’âge des chiennes à la mise bas ne paraît pas influencer significativement la durée entre les premières contractions observées et la naissance du premier chiot.

Le facteur "individu" pourrait cependant primer sur le facteur "race". Il semblerait qu'il y ait une faible corrélation entre la taille des portées au sein d'une même race. La sélection génétique des meilleures reproductrices doit donc s'appuyer sur ce critère de prolificité.

Rythme annuel des mises bas

La plupart des chiennes ont des chaleurs tous les 6 mois mais la durée du cycle sexuel de la chienne peut varier entre 4 et 12 mois selon la race. Il n’est pas rare d’observer des chaleurs tous les 4 ou 5 mois chez les rottweilers et les bergers allemands, et seulement tous les 8 mois chez les colleys ou Labradors.

Dans l’enquête de l’UMES, la parité moyenne (soit le numéro de portée de la chienne lors de la mise bas étudiée) concernée était de 2 portées. La parité maximale était de 10 portées. Les portées les plus grandes ont été observées chez les chiennes âgées de 4 ans (6,8 ± 1,6 chiots par portée en moyenne) et de 9 ans (7,0 ± 1,2 chiots par portée en moyenne). L’âge a une influence sur la prolificité au début de la carrière de la chienne mais lorsque la chienne vieillit, la prolificité ne baisse donc pas forcément.

Il est préférable de ne faire reproduire une chienne qu’une fois par an. Exceptionnellement, si elle est en parfaite santé et a récupéré un très bon état d’embonpoint après le sevrage des chiots, une chienne peut éventuellement reproduire à 6 mois d’intervalle, mais il faut alors impérativement la mettre au repos au cycle suivant.

Selon une étude réalisée dans un élevage de chiens guides d’aveugle (sur 266 chiennes ayant mis bas au moins 5 fois), la prolificité maximale est atteinte à partir de 3 ans.

Âge et complications lors de la mise bas

En théorie, on augmente le risque de dystocie en faisant reproduire des chiennes âgées de plus de 7 ans et il ne faudrait pas dépasser 4 à 5 portées dans la vie d’une chienne. Si des problèmes surviennent lors de la 4e mise bas, il est très probable qu’il y en aura aussi au cours de la 5e. Le nombre optimal de portées par chienne semble donc être de 4, voire 5 si la lice n’a jamais présenté de mise bas difficile.

Des variations liées au format et à la race

L’étude menée dans le cadre de l’UMES a mis en évidence des différences importantes dans la carrière reproductrice des chiennes selon leur race et leur taille. La population étudiée était divisée en 4 groupes selon le format : petites : < 10 kg ; moyennes : de 10 à 25 kg ; grandes : 25 à 45 kg et géantes : > 45 kg. Les données étaient issues de 30 à 35 races différentes par groupe, avec 300 à 350 portées pour ces groupes, sauf pour le groupe des races géantes qui comptait seulement 13 races et 91 portées.


• Sans surprise, les chiennes mises le plus tôt à la reproduction sont des chiennes de petites races : la moyenne d’âge lors de la 1re mise bas était de 3,6 ± 0,9 ans. C’est chez le carlin et le Chihuahua que la précocité de reproduction est la plus importante : respectivement 2,9 ± 0,6 ans et 2,4 ± 0,5 ans lors de la 1re mise bas.

• Ce sont les grandes races qui ont la moyenne d’âge la plus élevée lors de la 1re mise bas, soit 4,2 ± 0,9 ans. Les 3 races pour lesquelles les chiennes sont en moyenne les plus âgées lors de la mise bas sont l’Airedale terrier (4,7 ± 1,0 ans), le golden retriever (4,6 ± 0,7 ans) et le berger belge malinois (4, 6 ± 0,9 ans).

• Concernant la parité moyenne, une race se distingue des autres, le Siberian husky, avec une parité moyenne plus élevée que les autres : 4,0 ± 1,3 portées en moyenne. Les autres races sont proches de 2 portées. Les deux races ayant la parité moyenne la plus faible sont le bouledogue anglais (1,7 ± 0,4 portées) et le Chihuahua (1,8 ± 0,4 portées).

En Grande-Bretagne, le Kennel Club demande aux vétérinaires de déclarer systématiquement les césariennes qu’ils pratiquent chez les chiennes de race et refuse l’inscription des portées nées de lices ayant subi plus de deux césariennes.

En 2010, une étude rétrospective a été publiée en Grande-Bretagne sur la fréquence des césariennes en fonction des races. A partir des données du Kennel Club, 151 races ont été retenues, avec un minimum de dix portées sur chaque race au cours des dix années passées.

Au total, l'étude portait sur plus de 13 000 lices ayant produit 22 000 portées. Par ordre de fréquence, les races les plus concernées par les césariennes étaient : le Boston terrier, le bulldog anglais, le bouledogue français, le mastiff, le Scottish terrier, le bull terrier miniature, le braque allemand, le Clumber spaniel, le Pékinois, et le Dandie Dinmont terrier ; 80 % des chiots Boston terrier, bouledogue français et bulldog anglais naissent par césarienne.

Une fois réformée, une chienne âgée doit quand même être surveillée en présence de chiens mâles car même si les chaleurs deviennent moins fréquentes et plus discrètes (jusqu’à devenir parfois inapparentes), la chienne peut tout de même être saillie.

Mai 2014 Chiens / Elevage / Reproduction
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