L'anxiété chez le chien

sachez la repérer et l'empêcher de s'aggraver

Magazine Pharmanimal N°38 - Mai/Juin 2012
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Comme nous, les chiens sont souvent anxieux et cet état de tension pathologique s'aggrave généralement avec le temps. Les chiens anxieux ont tendance à croire que tout est potentiellement dangereux autour d’eux. En alerte permanente, ils finissent par développer des troubles du comportement qui peuvent être graves pour eux-mêmes et pour leurs propriétaires. Il est très important d’utiliser tous les moyens à notre disposition pour désamorcer les problèmes avant qu’ils ne deviennent trop sérieux.

Les animaux sauvages font régulièrement l’expérience de la peur face aux menaces dans leur environnement (ex : un prédateur ou un concurrent). Cette sensation peut leur sauver la vie en leur dictant le comportement adapté : fuite, évitement du danger, tentative d’intimidation de l’adversaire, etc. les chiens ont aussi parfois raison d’avoir peur mais, lorsqu’ils manifestent des réactions d’inquiétude exagérée dans des situations en apparence inoffensives, on parle plutôt d’anxiété. les troubles liés à l’anxiété conduisent malheureusement trop souvent à l’abandon du chien. Pour éviter d’en arriver là, sachons repérer à temps les comportements anormaux.

Détectez les signes d’anxiété chez le chien

Un chien manifeste son anxiété par trois grands types de réactions : des troubles physiologiques, des comportements apparentés à des tics (ou des tocs : « troubles obsessionnels compulsifs ») et des modifications du comportement social.

Votre chien urine et/ou défèque si vous élevez la voix ou s’il a peur d’un visiteur à la maison ? Il salive abondamment quand il appréhende un événement (ex : un voyage en voiture) ? Il baille très souvent ? Il halète excessivement même au repos et lorsque la température est fraîche ? Autant de signes qui peuvent vous indiquer qu’il est chroniquement anxieux.

L’anxiété se caractérise souvent par la répétition d’actions stéréotypées, comme celles que développent parfois les animaux enfermés dans des zoos. Certains chiens claquent régulièrement des mâchoires, comme s’ils cherchaient à attraper des mouches invisibles, ou lèchent les planchers et divers objets de l’environnement. Ils peuvent aussi se lécher compulsivement les pattes, allant parfois jusqu’à s’irriter tellement la peau que des lésions apparaissent. D’autres passent leur temps à explorer leur milieu sans jamais se relaxer. Il existe enfin des chiens anxieux capables de manger ou de boire sans jamais s’arrêter si on les laisse faire. On appelle tous ces comportements des « activités substitutives » : pour le chien, il s’agit à chaque fois d’essayer d’évacuer le stress.

Dans les cas graves, l’anxiété modifie complètement le comportement social du chien : il aboie exagérément dès que quelque chose l’inquiète, tente en permanence de fuir ou de se cacher et finit par montrer des réactions agressives envers quiconque vient le déranger. Ces agressions par peur ont parfois des conséquences dramatiques.

Recherchez les causes de l’anxiété

Certaines races, certaines lignées ou certains individus ont des tempéraments plus anxieux que d’autres ou des manières différentes d’extérioriser leur stress.

Les petits chiens sont plus nerveux que les grands ; les setters, épagneuls, cockers et beaucerons ont tendance à saliver dès qu’ils sont inquiets ; les bâillements d’anxiété sont surtout observés chez les grands chiens, etc. Mais n’importe quel chien peut devenir anxieux si nous ne comprenons pas ses réactions ou si nous le faisons vivre dans un environnement inadapté à ses besoins.

Traitez sans attendre

Sans traitement, deux tiers des cas d’anxiété intermittente évoluent vers un état permanent. le chien passe ensuite d’un état anxieux à un état dépressif où il devient de moins en moins réceptif à son environnement. Des troubles du sommeil et de l’alimentation ne tardent pas à se développer, mettant sa santé en danger. Il faut absolument essayer d’intervenir avant d’en arriver à ce stade.

Les thérapies comportementales sont évidemment à privilégier pour s’attaquer à la racine du problème : avec l’aide d’un vétérinaire et/ou d’un comportementaliste, on tentera de comprendre d’où vient l’anxiété du chien et de mettre en place des techniques d’extinction des comportements indésirables, en modifiant les conditions de vie du chien si besoin est.

En appui à ces thérapies, on peut aider le chien à surmonter son stress en lui donnant des médicaments ou des compléments alimentaires à effet calmant.

Des plantes calmantes ?

Certains médicaments à base de plantes sont connus depuis longtemps pour leurs effets calmants, chez l’animal comme chez l’homme. S’il est difficile de faire absorber des tisanes à un chien ( !), on peut en revanche lui donner des remèdes phytothérapiques qui contiennent des extraits végétaux.

Au début de sa vie, un chiot est capable de se familiariser avec des ambiances, des personnes, des objets (…) très divers et de ne plus en être effrayé ensuite. Toutes les expériences qu’il fait à cette période créent des connexions nerveuses qui lui font intégrer ces différentes sensations comme « normales ». A chaque fois, il associe une stimulation (ex : un bruit fort) avec une intensité maximale acceptable. Passé l’âge de 3 mois, un stimulus inconnu, même faible, sera identifié comme potentiellement dangereux. Le chiot s’en méfiera et si l’expérience se répète, son comportement deviendra bientôt celui d’un chien craintif, dont les réactions pourront surprendre son propriétaire. Il est donc très important d’acheter un chiot dans un élevage où il a bénéficié d’un environnement riche en stimulations de tous genres pour qu’il ait plus de chances d’être bien équilibré ensuite.

Parmi les nombreuses plantes connues pour leurs propriétés apaisantes, on peut citer (par ordre alphabétique) :
• l’aubépine (Ctaegus laevigata) est indiquée comme tranquillisant dans certains troubles du comportement.
• les graines de césalpine ou cadoque (Caesalpinia bonduc) auraient une action favorable sur les conséquences physiologiques du stress chronique.
• l’huile essentielle obtenue à partir des feuilles de « gingembre coquille » (Alpinia zérumbet) est traditionnellement utilisée chez l’homme pour le traitement de l’anxiété.
• la mélisse (Melissa officinalis) est couramment recommandée lors de troubles du sommeil, pour son action relaxante.
• les feuilles de millepertuis (Hypericum perforatum) font aussi historiquement partie des remèdes contre la dépression.
• Des extraits de passiflore (Passiflora incarnata) sont parfois utilisés pour aider au sevrage des médicaments anxiolytiques.
• la valériane (Valeriana officinalis) est connue pour ses effets relaxants et sédatifs. les effets de ces plantes sont souvent plus nets lorsqu’elles sont associées entre elles.

Des phéromones dans l’environnement

Les phéromones sont des substances produites par des petites glandes réparties à différents endroits du corps. Elles sont également présentes dans la salive, l’urine et les selles. Certaines phéromones agissent comme un remède contre l’anxiété chez les animaux. Il est possible de fabriquer des analogues de synthèse de ces phéromones et de les appliquer dans l’univers du chien. Des préparations sont commercialisées à cet effet et ont largement fait la preuve de leur intérêt.

En conditions d’hospitalisation, on montre par exemple que la DAP (Dog Appeasing Pheromone) aide à calmer les chiens et à limiter le léchage excessif.


Prescription de médicaments anxiolytiques ?
Lorsque le comportement du chien est jugé suffisamment inquiétant pour ne pouvoir être amélioré avec les moyens cités ci-dessus, votre vétérinaire pourra juger utile de prescrire des médicaments contre l’anxiété : de simples calmants ou des antidépresseurs selon les cas. Chez les chiens aussi, le Prozac® ou ses équivalents sont parfois très bénéfiques !
Calmez par l’intermédiaire de la nutrition ?

Boire un verre de lait est un rituel que beaucoup de gens observent avant de se coucher. l’effet calmant de certaines protéines du lait (caséine) a aussi été mis en évidence chez le chien ! Il a été montré que les chiens anxieux qui en reçoivent sont plus calmes et que le léchage compulsif diminue. Des médicaments et des aliments contenant des protéines de lait hydrolysées sont maintenant disponibles pour aider à lutter contre le stress.

le L tryptophane et la L thréonine sont des acides aminés (des constituants des protéines) qui jouent un rôle dans la conduction nerveuse des signaux de stress. Plusieurs études mentionnent qu’une supplémentation alimentaire en l’un ou l’autre de ces acides aminés est capable d’influencer le comportement des chiens. Avec le l tryptophane, on fait par exemple diminuer les aboiements et les stéréotypies chez des chiens anxieux. Avec la l thréonine, on limite les réactions de peur chez des chiens effrayés par une présence humaine étrangère.

Conclusion

Un chien est certes devenu un animal de compagnie mais cela ne veut pas dire qu’il s’adapte toujours facilement à notre environnement. la solitude prolongée, le manque d’activité, un environnement pauvre, des ordres contradictoires ou des punitions non comprises sont des facteurs importants de stress. Si l’on veut éviter que l’anxiété du chien devienne une source de nuisances (aboiements, destructions, agressions), mieux vaut tout faire pour la prévenir ou la traiter dès son apparition.


Mars 2014, 13532 lectures Chiens / Comportement
Pascale Pibot pour Pharmanimal N°38 - Mai/Juin 2012