Discret mais très fréquent

Le ténia des chats

Magazine Pharmanimal N°36 - Janvier/Février 2012
« Mon chat ne sort pas, il mange des croquettes, il ne peut donc pas attraper de parasites… ». Faux ! Il est bien rare qu’un chat vive dans un univers totalement hermétique aux parasites : le simple fait de l’avoir une fois mis en pension, emmené dans une maison fréquentée par d’autres animaux, ou d’avoir accueilli des visiteurs accompagnés de leurs compagnons à quatre pattes peut permettre à des larves de puces de s'installer chez vous. Ces puces peuvent ensuite transmettre des parasites intestinaux aux chats : aucun n’est donc a priori dispensé d’être vermifugé de temps en temps !

Quand on parle des parasites des chats, on pense aussitôt aux ascaris, ces vers ronds extrêmement fréquents chez les chatons qui s’infestent en absorbant des oeufs ayant résisté dans le milieu extérieur. On oublie souvent que les chats sont souvent aussi parasités par d’autres types de vers, les ténias. le plus courant d’entre eux s’appelle Dipylidium caninum. (Malgré son nom, il est hébergé aussi bien par le chat que le chien). les vermifuges ciblés contre les ascaris ne sont pas toujours actifs contre le Dipylidium ; mieux vaut savoir repérer sa présence et, le cas échéant, traiter correctement le chat.

Le Dipylidium adulte vit de un an à trois ans et il est très prolifique. Il est hermaphrodite : un seul ver peut donc produire des oeufs aptes à se développer quand ils sont rejetés à l’extérieur. Le ver adulte élimine en effet continuellement des segments remplis de plusieurs centaines de capsules pouvant contenir chacune une trentaine d'oeufs. Les segments entiers sont rejetés avec les matières fécales. Comme ils se désintègrent rapidement, les oeufs sont libérés dans le milieu extérieur.
Quels sont les chats exposés à l’infestation par Dipylidium caninum ?

Dipylidium caninum est le ténia le plus fréquent chez les chats. Ce parasite est également rencontré chez le chien et le renard. Il est présent dans tous les pays, aussi bien chez des chats d’intérieur que chez des chats qui sortent. Au sein de la population féline totale en France, la prévalence serait d’environ 10 %. Certaines études montrent que plus de la moitié des chats errants sont infestés.

La contamination par ce ténia étant liée à la présence de puces, ce sont évidemment les chats qui ne sont pas traités contre ces insectes qui sont les plus exposés. Plus les chats ont de contacts avec des congénères à l’extérieur de la maison, plus la probabilité qu’ils soient exposés aux puces, et donc au ténia, est importante. les poux peuvent également transmettre le Dipylidiummais ils sont très rares chez les animaux de compagnie.

Comme les ascaris, Dipylidium caninum peut éventuellement contaminer l’homme. Il n’est pas rare que des enfants ingèrent accidentellement des puces porteuses de larves de ténias en vivant à proximité d’animaux infestés. Il suffit qu’ils portent les doigts à la bouche juste après avoir caressé le chat ou joué dans son panier. Cette contamination n’est pas dangereuse pour leur santé (en général, elle ne provoque que des démangeaisons anales) mais l’impact psychologique sur les parents est souvent extrêmement négatif !
A quoi ressemble le ténia du chat ?

Dipylidium caninum est un parasite qui appartient à la classe desCestodes : ce sont des vers plats au corps segmenté, sans tube digestif. le Dipylidium adulte atteint 50 à 70 cm de long et un chat peut héberger plusieurs parasites adultes dans son tube digestif ! le corps du ver comporte 60 à 175 segments mesurant chacun 8 à 10 mm de long et 2-3 mm de large. les Dipylidium sont fixés à la paroi de l’intestin grêle par leur extrémité antérieure (la tête, ou scolex, porte quatre ventouses) et se nourrissent du contenu intestinal du chat.

Comment s’infeste le chat ?

le cycle parasitaire du ténia passe obligatoirement par un hôte intermédiaire qui va permettre le développement de l’oeuf en larve infestante. Dans le cas du Dipylidium, cet hôte intermédiaire est une larve de puce qui vit dans l’environnement, se nourrissant des débris organiques à sa disposition avant de se transformer en puce adulte et de sauter sur un chat ou un chien passant à proximité. les larves de puces peuvent donc fort bien s’abriter dans des interstices proches de la litière, du panier ou des lieux de couchage du chat, et ingérer des oeufs éliminés par l’animal.

Une fois ingérés par les larves de puces, les oeufs de Dipylidiumse développent à l’intérieur de l’insecte et ils peuvent vivre 6 à 12 mois chez cet hôte intermédiaire. le chat luimême se contamine en avalant des puces qui vivent dans son pelage en faisant sa toilette quotidienne. les larves de Dipylidium sont ensuite libérées dans le tube digestif du chat et deviennent adultes en trois semaines environ. le cycle est bouclé car le chat devient excréteur d’oeufs de ténia.

Comment s’apercevoir de la présence du Dipylidium ?

le chat qui héberge les vers adultes ne montre pas de signes caractéristiques. Il est rare que les parasites soient assez nombreux pour provoquer des troubles digestifs (diarrhées, vomissements) ou affecter son état général. En revanche, l’élimination des anneaux peut engendrer une irritation chronique au niveau de l’anus. le chat se lèche alors intensément sous la queue. En revanche, si vous observez attentivement, vous verrez sans doute les anneaux du Dipylidium sur les selles, aux bords de l’anus et parfois sur les lieux de couchage d’un chat parasité. Ces segments sont en effet visibles à l’oeil nu : quand ils viennent d’être émis ils sont d’abord rosés et mobiles ; après dessiccation, ils ressemblent à des grains de riz. le vétérinaire peut également faire une analyse de selles pour mettre les oeufs en évidence.

Comment traiter le chat ?

Des vermifuges actifs sur les vers plats existent et peuvent être distribués sous plusieurs formes : comprimés, pâtes ou forme injectable à administrer par le vétérinaire. Avec certaines molécules, il faut donner le médicament pendant plusieurs jours de suite pour obtenir une efficacité suffisante. Si votre chat sort beaucoup et a de fréquents contacts avec des chats étrangers, n’hésitez donc pas à bien le vermifuger régulièrement. le chat ne développe aucune immunité contre ce parasite : il peut donc être réinfesté, même après avoir été traité.

Conclusion

La seule prévention valable contre le Dipylidium consiste à lutter contre l’infestation par les puces, vecteurs obligatoires de ce parasite ; quels que soient la saison et l’environnement du chat, administrez un traitement préventif à votre chat, adapté à son mode de vie et au risque de contamination.


Février 2014, 21259 lectures Chats / Prévention
Pascale Pibot pour Pharmanimal N°36 - Janvier/Février 2012

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