Cystite idiopathique féline

Prévention nutritionnelle des récidives

Difficultés à uriner, mictions douloureuses, sang dans l’urine, dépôt d’urine en dehors de la litière (…), un ou plusieurs de ces symptômes chez un chat évoquent forcément une maladie de l’appareil urinaire. Si l’hypothèse de calculs vient immédiatement à l’esprit, il faut savoir que dans 60 % des cas environ, il s’agit plutôt d’une inflammation de la vessie dont l’origine reste le plus souvent mal connue (cystite idiopathique féline ou CIF).

La CIF est aujourd’hui la première cause de troubles urinaires chez le chat. Le diagnostic ne peut cependant être posé avant que toutes les autres causes possibles de troubles urinaires aient été exclues : calculs, bouchons urétraux, etc. L’examen de la muqueuse vésicale des chats à CIF montre une inflammation générale des fibres nerveuses sensitives et des anomalies de la conduction nerveuse.

Quelques chiffres clés à propos de la cystite idiopathique féline…

• Une crise de CIF dure en moyenne une semaine.


• Les symptômes disparaissent généralement spontanément, avec ou sans traitement, chez 85 % des chats.


• Dans 40 à 50 % des cas, des récidives, parfois multiples, sont observées au cours des 12 mois qui suivent. Chez certains chats, les récidives sont si fréquentes que les signes de CIF sont quasi permanents et évoluent en dents de scie.

Lutter contre le stress

La CIF est une maladie dont la cause précise n’est pas vraiment identifiée. Le rôle prédisposant d’une infection virale (à calicivirus) est soupçonné car les chats à CIF présentent un taux d’anticorps anti-calicivirus plus élevés que les autres mais rien n’est confirmé. La CIF est cependant plus fréquente chez les chats anxieux, les mâles surtout. Elle résulterait de l’association des conséquences néfastes du stress et d’une prédisposition individuelle. Différentes sources de stress doivent donc d’abord être recherchées : cohabitation difficile avec un autre chat, manque d’activité et d’espace disponible, place de la litière inappropriée, dérangement fréquent du chat, déménagement récent, arrivée d’une nouvelle personne au foyer, etc. Si des causes de stress sont identifiées, tout doit être mis en oeuvre pour améliorer les conditions de vie du chat, tant au plan relationnel qu’environnemental.

Il est toujours conseillé de fournir au chat des endroits où il peut se cacher, des possibilités de grimper et des jouets lui permettant d’exprimer son comportement de prédateur. Un nombre suffisant de litières (1 par chat + 1 dans la maison), bien entretenues et facilement accessibles, doit être mis à disposition.

Donner un aliment peu acidifiant

Les régimes très acidifiants, destinés à prévenir la formation de calculs de struvite, ne sont pas recommandés chez les chats à risque de CIF. Une urine fortement acide peut favoriser la transmission de stimulations douloureuses par les fibres nerveuses sensorielles de la vessie.

Maintenir le chat à son poids de forme

Les chats à CIF sont en général plus lourds que les chats sains (sans qu’une prédisposition raciale ait été mise en évidence). Un surpoids est considéré comme un facteur de risque non négligeable. Il est donc important que la concentration énergétique de l’alimentation soit cohérente avec le mode de vie du chat. Pour un animal très sédentaire, il faut minorer le taux de matières grasses de l’aliment et proposer un aliment plus riche en fibres, pour « alléger » la consommation calorique.

Encourager la consommation d’eau

Chez les chats à CIF, la consommation d’eau est généralement plus faible que chez les chats sains. Un abreuvement limité conduit à la production d’une urine plus concentrée. Or la CIF pourrait être favorisée par l’action irritante de certaines substances contenues dans l’urine sur la muqueuse de la vessie. Un des objectifs du traitement est donc d’obtenir une dilution de l’urine en encourageant le chat à boire Comme il n’est pas toujours facile d’inciter un chat à boire plus, il a été proposé de nourrir les chats à risque avec un aliment humide pour diminuer le risque de récidive. Une étude réalisée sur un an a montré une relative efficacité de cette stratégie : 11 % des chats recevant un aliment humide ont présenté un nouvel épisode de CIF contre 39 % des chats recevant un aliment sec. Sans surprise, la densité urinaire moyenne était significativement plus faible chez les chats consommant un aliment humide (1032-1041) que chez les chats recevant un aliment sec (1051-1052).

Intérêt potentiel des glycosaminoglycanes

La muqueuse vésicale est normalement protégée par une couche de glycosaminoglycanes (GAG). Une des raisons qui favoriseraient la CIF serait une carence en GAG. Lors de cystite interstitielle chez la femme (une affection dont les symptômes ressemblent beaucoup à ceux observés chez le chat), des injections de GAG donnent des résultats prometteurs.

Ce type de traitement a été tenté chez le chat. L’administration orale de GAG a pour but d’augmenter l’excrétion urinaire de ces composés et de protéger ainsi la muqueuse. Les résultats des études ne sont pas tous unanimes mais il est clair que ce traitement permet d’augmenter la concentration de GAG dans le sang et dans l’urine. Certains essais montrent une influence positive de l’administration de GAG pour empêcher les récidives. Aucune réaction secondaire à l’administration de GAG n’a été observée.

Changer très progressivement le régime alimentaire

Un changement brutal ou fréquent d’alimentation est souvent associé au retour des signes cliniques de CIF. Il est donc prudent d’éviter les changements inutiles d’alimentation chez les chats sensibles. Si l’on doit changer le régime alimentaire du chat, une transition de 15 jours doit être effectuée.
S’intéresser au chat

Une étude sur le traitement de la CIF a consisté à faire administrer des GAG deux fois par jour au chat par le propriétaire. Après 6 mois de traitement, l’intensité des symptômes de CIF a diminué de 75 %, même chez les chats recevant un médicament placebo (théoriquement sans effet). Encore plus étonnant, les lésions vésicales étaient également améliorées dans 75 % des cas ! L’ensemble des propriétaires était satisfait des résultats obtenus.

L’implication du propriétaire dans le traitement, l’attention portée au chat et l’enrichissement de son environnement sont donc des éléments déterminants de la réussite du traitement.

Quand les mesures nutritionnelles s’avèrent insuffisantes pour empêcher les récidives de CIF et que le chat présente des signes importants d’anxiété chronique, le vétérinaire peut choisir de prescrire un traitement antidépresseur pour l’apaiser. Plusieurs protocoles sont envisageables, mais la durée d’administration est souvent de plusieurs mois.

Mai 2014 Chats / Elevage / Santé
Buena Media Plus pour Eleveurs-Online.com