Maladie des griffes du chat

Attention aux puces !

Magazine Pharmanimal N°40 - Septembre/Octobre 2012
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Contrairement à ce que le nom évoque, la « maladie des griffes du chat » affecte l’homme beaucoup plus que le chat. Et plus particulièrement les enfants qui se font griffer en tentant de jouer avec un chat qui n’est pas d’humeur à se laisser approcher. Ce que l’on sait peu, c’est que les puces jouent un rôle important dans la transmission de la bactérie responsable de la maladie…

La « maladie des griffes du chat » se développe suite à une griffure (ou une morsure dans 10 % des cas) : comme les dents et les griffes du chat sont très pointues, elles pénètrent profondément dans la peau et peuvent inoculer des bactéries. De plus, les blessures faites par des chats sont difficiles à désinfecter car elles laissent peu d’ouverture en surface de la peau.

Une maladie pas toujours bénigne

La maladie des griffes du chat doit être soupçonnée quand, trois à dix jours après une griffure ou une morsure, on voit se développer une lésion au lieu d’inoculation, avec souvent du pus présent à l’intérieur d’une vésicule rouge. Cette lésion disparaît au bout de quelques jours à quelques semaines mais d’autres symptômes peuvent se manifester jusqu’à deux mois après la lésion initiale. Les ganglions situés dans la zone de la griffure augmentent de volume : quand l’inoculation a eu lieu sur la main ou le bras, ce sont les ganglions sous l’aisselle qui sont atteints en premier.

La « maladie des griffes du chat » se soigne bien : pas toujours rapidement mais relativement facilement, si nécessaire grâce à un traitement antibiotique adapté. Pour aider le médecin à faire le bon diagnostic, il ne faut pas oublier de lui parler d’une éventuelle morsure ou griffure de chat dans les semaines ou les mois précédant l’apparition des symptômes. Ils peuvent en effet être facilement confondus avec ceux d’autres affections plus graves : tumeurs, polyarthrite, maladie de Lyme, etc. Un prélèvement fait à l’intérieur de la lésion permet souvent d’identifier l’agent responsable. Attention à ne pas dramatiser d’emblée !

Les ganglions mettent parfois plusieurs mois à reprendre leur taille normale mais la maladie guérit en général spontanément, sauf s’il s’agit d’enfants ou de personnes dont les défenses immunitaires sont faibles. Des signes plus graves peuvent alors se développer : les ganglions deviennent douloureux, des abcès se forment et la maladie provoque une forte fièvre. Des symptômes atypiques apparaissent dans 10 % des cas environ : prolifération anormale de vaisseaux sanguins sur la peau, conjonctivite, troubles nerveux…

Ne pas sous-estimer la fréquence de la maladie

En France, le nombre de cas est mal connu mais cette affection semble être en recrudescence, peut-être parce que l’on sait mieux la diagnostiquer ; 4 à 6 % des personnes sont porteuses d’anticorps spécifiques, montrant qu’elles ont déjà contracté la maladie. Faire le bon diagnostic rapidement est important pour rassurer les malades qui ont tendance à beaucoup s’inquiéter lorsqu’ils constatent l’augmentation de volume des ganglions.

Certaines enquêtes montrent que plus de 50 % des chats errants sont séropositifs vis-à-vis des bactéries responsables de la maladie, les bartonelles (l’autre nom de la maladie des griffes du chat est la bartonellose). Ces bactéries circulent donc beaucoup dans la population féline. Ce sont les jeunes chats et les chats errants qui représentent le « réservoir » le plus important.


Les bartonelles ne provoquent en général aucun symptôme chez les chats, sauf un épisode fiévreux transitoire et parfois des troubles de la reproduction chez les chattes (avortements).

Rôle des puces dans la transmission

Les bartonelles peuvent passer directement d’un chat à un autre mais les puces du chat jouent un rôle très important dans la transmission. Chez les chats infectés durablement, les bartonelles vivent à l’intérieur des globules rouges. Les puces se contaminent quand elles viennent piquer un chat infecté et peuvent ensuite transmettre la maladie à d’autres chats quand elles changent d’hôte.

La maladie des griffes du chat : une affection saisonnière
Une enquête sur la maladie des griffes du chat a été réalisée en France entre 1999 et 2009. Elle portait sur l’analyse de 1 849 cas confirmés chez l’homme. Cette étude montre une saisonnalité très nette : 87,5 % des cas surviennent entre septembre et avril, avec un pic en décembre. Ce phénomène peut être relié à l’activité des puces et/ou aux périodes de reproduction. La même chose a été remarquée dans d’autres pays, comme au Japon et aux États-Unis.

Environ 30 % des chats infestés par des puces sont porteurs de la bactérie. En l’absence de puce, il a été prouvé que l’infection ne se transmet pas d’un groupe de chats à un autre. En résumé, le risque de maladie des griffes du chat chez l’homme est maximal quand on est en contact avec des chatons non traités contre les puces. La contamination peut avoir lieu à l’occasion d’une griffure ou d’une morsure occasionnelle.

Prévention de la maladie des griffes du chat

Une règle d’hygiène simple doit d’abord être rappelée : mieux vaut se laver les mains après avoir caressé ou joué avec un chat. C’est une précaution élémentaire contre le risque de contaminations bactériennes potentielles mais aussi parasitaires (ascaris, toxoplasmose…).

Bien sûr il faut aussi éviter de se faire griffer ou mordre par un chat ! Cette évidence mérite quand même d’être rappelée aux enfants qui doivent apprendre à respecter le chat, quel que soit son âge et surtout quand il dort. Évitez également que votre chat ne lèche une plaie que vous pourriez présenter sur votre peau. Au cas où un chat aurait une réaction un peu trop vive ou ne maîtriserait pas bien son agressivité en jouant, désinfectez aussitôt la plaie, même si elle est presque invisible.

Enfin, veillez à toujours bien traiter votre chat contre les puces, en respectant les rythmes d’administration et en traitant l’ensemble des animaux de la maison à chaque fois, pour éviter une recontamination trop rapide. Non seulement vous améliorerez le bien-être de votre chat en lui évitant des démangeaisons inutiles (et le risque de réactions allergiques, toujours importantes chez les chats), mais vous limiterez ainsi la probabilité qu’il soit contaminé par l’agent de la maladie des griffes du chat.

Vous devez être particulièrement vigilant si votre chat sort et a la possibilité d’être en contact avec des chats errants. En le protégeant, vous vous protégez vous-même !


Mars 2014 Chats / Prévention
Pascale Pibot pour Pharmanimal N°40 - Septembre/Octobre 2012