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Homéopathie

Pourquoi pas aussi chez le chien et le chat ?

Magazine Pharmanimal N°36 - Janvier/Février 2012
L’homéopathie est une discipline du XVIIIe siècle. Son fondateur, le médecin allemand Hahnemann, affirmait dès 1796 que les lois homéopathiques « devraient trouver leurs applications aussi bien chez les animaux que chez l’homme ». Nombreux sont les propriétaires qui sont demandeurs de traitements homéopathiques mais les vétérinaires homéopathes sont encore assez rares, cette formation étant optionnelle.

L’homéopathie devient de plus en plus populaire dans les pays occidentaux, malgré les critiques dont elle fait souvent l’objet. Depuis 1999, la Communauté européenne recommande d’utiliser en priorité l’homéopathie et la phytothérapie en élevage biologique pour éviter le recours aux traitements médicamenteux risquant de laisser des résidus dans la viande ou le lait. En 2000, environ 50 % des infections des mamelles (mammites) étaient traitées par des médicaments homéopathiques dans les élevages biologiques de Grande- Bretagne.

Principales motivations des propriétaires

Les propriétaires de chiens et de chats cherchant à faire soigner leur animal par homéopathie sont en général concernés par au moins une des situations qui suivent.


L’homéopathie repose sur trois principes essentiels

• Le principe de similitude : la substance prescrite pour guérir certains symptômes est la même que celle qui provoquerait des symptômes identiques chez un individu en bonne santé. Ex : pour arrêter des vomissements, on peut donner Nux vomica, une substance issue de la noix vomique qui provoque normalement des nausées.


• Le principe d’infinitésimalité : le principe actif du médicament est dilué au point, parfois, de ne plus pouvoir être identifié chimiquement dans la préparation. Par exemple, pour obtenir une dilution centésimale (1 CH), il faut mélanger une fraction du produit initial à 99 fractions d’un liquide ou d’un solide (lactose), suivant la nature du remède.


• Le principe d’individualité : chaque individu a une manière personnelle de se comporter et de réagir à une maladie. Le traitement n’est donc en principe pas standardisé, il s’adapte au « terrain ».


• Ils ont eux-mêmes recours à l’homéopathie pour se soigner et aimeraient que leur animal en bénéficie également.

• le chien ou le chat souffre d’une maladie dont les symptômes ne disparaissent pas avec les médicaments classiques. Ils sont à la recherche de solutions alternatives. Comme en homéopathie humaine, la majorité des animaux présentés à des vétérinaires homéopathes souffrent d’affections chroniques.

• l’animal reçoit déjà des médicaments classiques pour soigner une ou plusieurs maladies et la crainte de la surmédication les fait chercher d’autres solutions, moins coûteuses et moins susceptibles d’entraîner des effets secondaires.

Prescription et administration des médicaments homéopathiques

Les vétérinaires homéopathes prescrivent généralement des remèdes précis aux animaux qui leur sont présentés. Même chez un chien ou un chat, la prescription varie en fonction de l’espèce, de la race, de l’âge, du sexe, du mode de développement, du comportement, des symptômes présentés, etc. En dehors de ces prescriptions personnalisées, il existe des médicaments homéopathiques plus généraux, rassemblant plusieurs principes actifs, afin d’agir sur un type de symptômes particulier ; ex : troubles respiratoires, lactation nerveuse, diarrhées, drainage hépatique, etc.

Chiens et chats sont bien incapables de laisser fondre des granules sous la langue ! Pour eux, les médicaments homéopathiques sont donc généralement présentés en solutions à administrer directement dans la bouche ou en mélange dans un peu de nourriture ou d’eau de boisson. Des pipettes doseuses permettent de compter facilement le nombre de gouttes à administrer à chaque prise. En médecine vétérinaire, les hautes dilutions sont assez peu utilisées : elles représentent moins de 25 % des prescriptions homéopathiques.

Quelques exemples d’indications classiques
Mal des transports

Comme chez l’homme, plusieurs remèdes homéopathiques ont été testés pour améliorer le bien-être des nombreux chiens qui sont très agités voire malades en voiture. Selon le comportement du chien, on pourra préférer :

• Tabacum : pour un animal qui présente des vomissements
• Cocculus indicus : lorsque le chien paraît très abattu
• Petroleum: si le chien salive dès le départ du véhicule et que son malaise se manifeste parfois par une diarrhée.

Il existe aussi des médicaments homéopathiques associant plusieurs principes de base pour avoir une action plus générale. Demandez conseil à votre pharmacien.

La « lactation nerveuse » chez la chienne

L’homéopathie est employée depuis longtemps, de manière empirique, pour tenter de stopper les montées de lait intempestives qui surviennent chez certaines chiennes, en l’absence de gestation. Thuya occidentalis et Urtica urens sont deux remèdes homéopathiques couramment conseillés pour cette indication. Fait rare en homéopathie vétérinaire, ils ont tous les deux fait l’objet d’études récentes à propos de leur efficacité et de leur innocuité. Dans l’une des études, l’effet de Thuya occidentalis était comparé à celui d’un placebo. Dans la seconde, une comparaison était effectuée entre Thuya occidentalis, Urtica urens ou la naloxone, un médicament antagoniste de l’hormone déclenchant la lactation (l’ocytocine). Dans les deux études, le traitement homéopathique apparaît comme efficace pour résoudre le problème et modifier le comportement de la chienne ; aucun effet secondaire n’est rapporté. Outre ces deux remèdes, d’autres peuvent être aussi indiqués, suivant le comportement de la chienne et l’intensité de la montée de lait : Ignatia, Crocus sativa, Nux vomica, Lac caninum, Pulsatilla…

Troubles dermatologiques

La dermatologie semble un domaine intéressant pour soigner grâce à l’homéopathie : très peu d’études sont encore réalisées chez le chien mais certains résultats sont prometteurs. En 2009, un essai a par exemple été réalisé chez des chiens atteints de dermatite atopique (une forme d’allergie cutanée), présentant des démangeaisons intenses (ou prurit). Suivant les symptômes particuliers et la localisation des lésions, les chiens recevaient des médicaments homéopathiques différents : Sulphur, Arsenicum album, Lachesis… Après deux mois de traitement, une amélioration nette du prurit était notée chez environ 70 % des chiens.

Troubles du comportement

Les remèdes homéopathiques s’appliquent bien aux troubles comportementaux car ils peuvent être prescrits en fonction du caractère individuel. Dans d’autres espèces que le chien, Chamomilla a montré un intérêt lors de stress et d’anxiété. Une étude a associé Chamomilla à d’autres remèdes (Phosphorus, Rhododendron, Borax…) dans un médicament destiné à des chiens ayant peur des feux d’artifice. les résultats montrent une amélioration mais pas nettement différente de celle observée dans le groupe témoin recevant un placebo, ce qui est souvent le cas dans les études sur le comportement.

La gestion des douleurs arthrosiques

Rhus toxicodendron est un médicament issu d’une plante, Toxicodendron pubescens. la résine issue de cette plante provoque des oedèmes, des rougeurs et des irritations cutanés chez les individus sains, d’où son utilisation à dose homéopathique pour traiter les états inflammatoires. D’autres remèdes peuvent aussi être utilisés dans cette indications, tels que : Calcarea fluorica, Natrum muriaticum, Bryonia alba…

Conclusion

Pour pouvoir progresser, l’homéopathie vétérinaire a besoin de s’appuyer sur des études cliniques non contestables qui montrent son efficacité. la qualité des recherches qui sont entreprises s’améliore régulièrement, permettant d’augmenter la masse de données nécessaires pour bien évaluer l’intérêt de l’homéopathie. En attendant, le succès de cette discipline dépend de la demande des propriétaires d’animaux.



Février 2014, 7021 lectures Chiens / Chats / Santé
Pascale Pibot pour Pharmanimal N°36 - Janvier/Février 2012